« Rogue One » ou l’audace désincarnée

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La principale audace du nouveau Star Wars, c’est de ne pas s’inscrire — a priori — dans un écosystème narratif qui nécessite d’avoir vu les précédents opus pour saisir la profondeur et les enjeux de l’histoire. C’est un phénomène tristement célèbre, dont la quintessence est l’univers Marvel, qui n’en finit plus de lier les films les uns aux autres au point de ne plus savoir comment faire un film qui s’apprécie pour lui-même.

J’aurai aimé pouvoir dire que Rogue One remplit sa mission et révolutionne le genre tout en ayant la sagesse de se conclure proprement. C’est formellement le cas — dans sa forme, dans son histoire — mais la réalité reste, hélas, en dessous de la communication qui en a été faite. Disney est capable de comprendre l’intérêt d’un film indépendant, mais incapable de résister à la tentation figurative de faire ressusciter quelques mythes de la saga originale. C’est la cohabitation entre la mythologie et la noirceur nouvelle de Rogue One qui dérange. D’autant que ni les icônes ressuscitées ni les nouveaux personnages ne sont suffisamment attachants pour nous emmener dans une galaxie lointaine, très lointaine.

Une histoire recomposée

À bien des égards, Rogue One souligne le brio du matériau originel, si riche et si iconique qu’il était propice à toutes les interprétations. Quoi de plus représentatif que cette nouvelle histoire, montée sur l’évasif texte déroulant du IVe épisode (« un groupe de rebelles a réussi à s’emparer des plans de l’Étoile de la Mort ») ? Et puis la succession en introduction de nouvelles planètes, visuellement inédites pour Star Wars, démontre aussi que cette univers, n’a, fondamentalement, aucune limite…sauf pour les rentiers de Disney, qui ont clairement choisi la facilité. Rogue One semble donc tiraillé, pour de multiples raisons, entre le neuf et le vieux, entre la révolution et la routine.

Cette confusion est avant tout celle des producteurs, qui semblent avoir empêché le film d’être celui de son réalisateur. Comme en témoignent de nombreux articles, quantité de scènes présentes dans les trailers ne le sont pas dans le produit final, pour un résultat qui penche bien plus vers le consensuel. Il faut être honnête : tuer tous les personnages à la fin du film ne suffit pas à en faire une révolution — même si cela en dit long sur le cynisme des géants d’Hollywood. Ce film n’est pas une œuvre à part entière mais le produit d’un mélange incertain, Disney n’étant alors qu’un alchimiste conservateur qui dose avec un soin publicitaire la nostalgie, la violence et l’audace. Cette incertitude et cette tension sont en fait contenus dans la bande-son, omniprésente, assourdissante, mais qui vibre pour ne rien dire, oscillant entre de nouveaux thèmes très peu inspirés et les classiques de J. Williams, que l’on ne présente plus. Si le film n’a pas de prologue défilant, il a en revanche un générique traditionnel : écriture bleu sur fond d’étoiles et thèmes inaltéré de Williams. Un résumé efficace de l’ambition écrasée de Rogue One : être différent sans être capable de couper réellement le cordon.

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Des personnages désincarnés

Certes, il y a de l’énergie à la tâche, et une exécution irréprochable. Mais Rogue One n’achève pas sa transformation, et ne dépasse pas son statut d’œuvre mineure. Plus que l’histoire et la tentation — compréhensible quand on parle de Disney — de jouer avec le mythe si prolifique de Star Wars, c’est finalement le manque de souffle qui explique que vous lisiez une critique si peu enthousiaste. Je n’aurai jamais cru dire cela, mais Le Réveil de la Force me plaît à ce titre bien plus, car il introduisait brillamment de nouveaux personnages, qui faisaient passer la pilule d’un scénario à la ramasse. C’est ici l’inverse qui se produit, et le résultat efficace et périlleux ne parvient pas une fois à nous faire oublier notre manque d’empathie pour les personnages. C’est pour cela que leur vie ou leur mort ne comptent pas vraiment, parce qu’il faut qu’il y ait eu, au préalable, un travail d’identification et de personnification. Je n’ai pas ressenti un gramme d’émotions, ce qui ne m’arrive pas souvent. J’ai cherché de toute mes forces à m’impliquer dans le film, mais je n’y suis pas parvenu. Je suis sorti confusément en essayant de déterminer si j’avais saisi tous les ressorts de l’histoire, qui joue la complexité de façade.

Il faut dire que la conclusion de Rogue One est une oraison pour tout ce que le film a tenté d’établir. Une héroïne moderne qui casse les codes ? Perdu, elle meurt sur la plage dans les bras de son « compagnon » d’infortune, face à une explosion atomique qui ressemble à s’y méprendre à un coucher de Soleil. Une histoire audacieuse qui prodigue un nouveau souffle à la saga ? Non seulement Dark Vador fait un ultime caméo, mais nous avons en plus le droit à une prouesse numérique (plus qu’émotionnelle) qui fait un lien direct avec l’épisode IV.

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Douloureusement anonymes, les fameux rebelles qui ont dérobé les plans de l’Étoile de la Mort semblent en-deçà des espoirs que notre imaginaire avait placés en eux en lisant l’introduction d’Un nouvel espoir. C’est un peu le glas d’une saga qui avait inspiré des milliers de personnes parce qu’elle laissait justement à nos fantasmes l’exploration des frontières de son univers. Le brio de Star Wars est contenu dans sa maxime désormais légendaire : « Il y a longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… ».

Jamais la galaxie ne nous aura semblé si proche, c’est-à-dire cruellement désincarnée et rentable, laissant à notre imagination, cette fois, ce que seraient les films s’ils étaient réalisés avec talent.

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