« Moonlight » est un chef-d’œuvre

Moonlight

Moonlight est un chef-d’œuvre d’une grande beauté. Une beauté qui se révèle et qui se diffuse plutôt que de heurter de plein fouet. Une beauté qui transcende et qui baigne, qui plonge le spectateur dans une atmosphère de clartés et de ténèbres. Une beauté qui devient une évidence, quand les images et les sons viennent vous hanter dans le noir de la nuit, dans l’obscurité de votre solitude.

Beauté du film en soi

Cette beauté est d’abord celle des images et des couleurs ; celle des acteurs flamboyants de tensions et d’émotions ; celle d’une atmosphère dont la bande-son se transforme presque en silence.

Les images, donc, en premier lieu, les teintes et la douceur inattendue de ces arrière-plans où grandissent tant de douleurs et de désirs inavoués. La Floride et ses villes côtières s’avèrent sublimées. L’océan, d’ailleurs, semble hanter le film et le personnage de Chiron. Chiron, cœur de l’histoire, sujet du trio d’acteurs, protagoniste d’une existence où le corps est le seul à grandir, qui l’emprisonne, qui l’abrite et qui le trahit. Chiron et sa mère, Chiron et ses parents de substitution, Chiron et ses désirs, Chiron et la violence.

Malgré tout, Moonlight est emprunt d’une étrange douceur. Presque d’une résignation, à voir le mutisme de Chiron, tremblant de peurs et d’espoirs. La plus grande réussite du film, c’est de rendre évidents ses dilemmes, évidentes ses souffrances, évidents le courage et les lâchetés qui l’entourent. Plus encore que pleurer ou rire, l’on a peur. L’on ressent la crainte permanente, les regards furtifs jetés à un environnement hostile ; la crainte tant omniprésente qu’elle affecte jusqu’à l’amour et l’empêche d’éclore.

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Beauté de l’intérieur

Et si les émotions de Chiron sont si limpides et nous prennent à cœur, c’est que le film réussit son plus grand tour de force : adopter un regard interne à l’histoire qu’il raconte et à ce qui la façonne. Il est tentant et si facile de poser sur ce personnage — Noir et gay aux États-Unis — un regard venu de l’extérieur, de la « normalité » ! Et tant de films se sont déjà intéressés aux « minorités » en les jugeant avec un peu de complaisance, en manquant de sincérité…d’où leur fascination pour la violence et la persécution, comme si nous associons ces figures étrangères à des souffrances pour prix de leur différence. Moonlight ne nie pas ces souffrances, mais ne les met pas non plus en scène comme des stigmates génériques. En se plongeant dans l’histoire de Chiron, le film se déleste d’un discours plus grossier et atteint ainsi la grâce. C’est cet attachement à l’introspection qui nous rend si perméables à ce que vit Chiron.

Le miracle opère et nous ne sommes plus seulement spectateurs. Violences et tension se diffusent lentement en nous. L’on y croit sans difficulté. Les idées politiques et sociologiques du mythe Noir et viril n’importent plus. Ne restent que cette brutalité et cette prostration. Ne reste que le silence, qui révèle et qui cache ce qu’est Chiron. Ne reste que ce souffle coupé, empêché, retenu comme pour retarder une vérité qui hurle et qui fait mal. Ne reste, enfin, qu’une respiration qui soulage et qui éclipse, pour un temps au moins, tous ceux qui empêchaient Chiron de se tenir sous la Lune bleue.

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