Réinventer les smartphones

Ah, l’innovation en technologie grand-public…c’est presque devenu un tabou, une hérésie sémantique, une accroche marketing ! C’est vrai, quoi : à renouveler un smartphone tous les ans, difficile d’en réinventer la formule. On ne sait pas très bien, d’ailleurs, ce que l’innovation est censée désigner : la rénovation, la révolution, l’amélioration ? Difficile de déterminer dans quelle mesure une évolution est justifiée et quand le constructeur ne fait que des déclarations d’intention… Difficile aussi de voir entre les lignes, d’échapper aux critiques railleuses de l’innovation liées à la finesse et à l’obsolescence programmée. Il est enfin possible de juger qu’à force de chercher l’innovation à l’épuisement, les constructeurs commencent à se mettre d’accord sur certains standards (USB-C en tête, absence de prise Jack, etc.). C’est ça, d’être tous en même temps pris à leur propre piège…

Et puisque nous parlons de standard, voyons plus loin et pensons l’innovation d’un point de vue pratique, d’un point de vue quotidien et résolument présent : quelles sont les innovations qui rendraient le plus services au consommateur AUJOURD’HUI ? Cette discussion suppose deux objectifs : écarter de la course les objectifs habituellement communiqués des fabricants de téléphones, et revoir la technologie sous un œil un peu plus enthousiaste…prêts ?

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L’IA attendra son tour

Il est des nouveautés dont le rythme annuel ne suffit pas à les rendre pertinentes. Prenez l’intelligence artificielle (IA) : qui utilise véritablement le Google Assistant, Siri ou Cortana ? Et surtout, qui n’a jamais eu de gros problème de compréhension avec ces technologies, au point de ne plus les utiliser que pour demander la météo et programmer un minuteur ? Le voilà, le véritable usage (si tant est que vous ne viviez pas en collocation et que donner à voix haute le temps de cuisson de vos pâtes ne vous dérange pas), celui que Google & Cie aiment à ignorer parce qu’il réduit fondamentalement l’ampleur de leurs exploits. Évidemment, ce déploiement à grande échelle des assistants virtuels permet une amélioration à toute aussi grande échelle…mais je n’ai personnellement jamais été un grand fan du développement produit ouvert à tous.

D’autant que, si l’on prend l’exemple de Siri, les entreprises ont un gros problème à régler : celui de la réputation qu’a acquis leur joujou. En d’autres termes, quand bien même l’IA atteindrait un niveau acceptable d’interaction et d’efficience, personne ne songerait à lui redonner une chance. On essaye une fois, deux fois, et puis on oublie.

Enfin, il faut bien prendre en compte qu’en favorisant l’IA, les constructeurs évitent de plancher sur les défauts périphériques et certains agacements que seuls connaissent des usagers réguliers et réalistes. Il y a quelques mois de cela, je l’écrivais de but en blanc : l’IA tue la simplicité. Nous sommes passés d’une évolution des interfaces visant à être le plus claires possibles à un monde où l’IA est censée prendre une place importante, sans en avoir pour le moment la capacité…en attendant, difficile de ne pas ressentir un certain vide.

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“T’aurais pas un chargeur par hasard ?”

Passons maintenant aux innovations qui nous seraient aujourd’hui bien utiles. Et pour commencer, LA BATTERIE. Probablement l’enjeu le plus éminent et le plus évident des smartphones.

Il semble, d’un point de vue de R&D, que les constructeurs aiment à se focaliser à ce qui pompe la batterie (dont l’IA) plutôt qu’à résoudre son problème inhérent. Du reste, ils développent des solutions d’urgence : un mode économie d’énergie, des coques avec batteries intégrées…voilà bien des solutions à un problème non endémique.

Il faut évidemment rappeler que la science des batteries est loin d’être divine et reste soumise à des lois physiques. Il est certain que les complaintes des utilisateurs ne peuvent pas tout changer. La batterie représente d’ailleurs tout ce que l’innovation a de paradoxal : d’un côté, une amélioration croissante n’est que souhaitable ; de l’autre il faudrait avoir la patience d’attendre quelques années que de nouveaux matériaux soient utilisés dans nos batteries pour obtenir ce que l’on souhaite.

Mais le problème de batterie inclut également le souci de la recharge, pour lequel existent un certain nombre d’alternatives. La recharge sans fil est le fer de lance de ce sujet, mais demeure encore embryonnaire : quelle est la différence entre poser son smartphone sur un socle et le brancher à un câble ? Très peu, si ce n’est d’avoir l’air cool. Mais la nécessité d’un contact physique et stable avec le poste de recharge n’en reste pas moins une énorme contrainte. De ce point de vue, on ne peut qu’espérer que la solution notamment envisagée par Apple, adoptant une recharge réellement sans fil (un poste dans une pièce pouvant diffuser jusqu’à 5m de distance de quoi recharger votre batterie) devienne une réalité.

Une fois encore, toute innovation n’a pas sa pertinence : si l’absence de fils sonne bien moderne, l’utilisation véritable reste limitée.

Il faudrait enfin préciser que le problème des batteries correspond à une vision dépassée de la part des constructeurs de ce que nous faisons quand nous utilisons nos smartphones : il est presque impossible d’atteindre les 8h en allant sur Snapchat plusieurs fois par jour. Ça peut sembler évident, mais non, les smartphones ne servent plus qu’à téléphoner.

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Les écrans

L’écran d’un smartphone est probablement l’élément le plus important. Loin de moi l’idée de critiquer la qualité de ces écrans, qui est d’un niveau irréprochable depuis de certaines années. J’entends toutefois explorer quelques unes des possibilités qui restent pour les améliorer encore un peu plus — et nous bénéficier.

De ce point de vue, l’écran incurvé à la Samsung n’a pas vraiment de sens. Hormis son intérêt esthétique, il n’est pas d’un grand confort étant donnés tous les reflets qu’il produit de chaque côté de l’écran ; en prime, l’interface n’exploite en aucun cas cet aspect et se trouve tout juste distordue. Bref, du tape-à-l’œil qui ne gagnerait pas à être généralisé.

Il en va de même pour les écrans à super-densité (de type 4K ou plus…) qui ne bénéficient en rien au quotidien. La densité visible par l’œil humain ayant été dépassée depuis des lustres, cette course aux chiffres ne rime à rien et ne séduira que les adeptes des statistiques. D’autant que le contenu proprement disponible en 4K demeure très réduit, et que son accès demeure compliqué du point de vue du transfert de données garanti par la 4G ou le Wifi. C’est le même problème que pour les télévisions : ce n’est pas parce que c’est possible que cela fait sens.

Il n’en va pas de même, en revanche, pour l’écran TrueTone adopté par Apple (uniquement sur la version 9″ de l’iPad Pro) qui s’adapte en fonction de la lumière ambiante afin d’être plus agréable à regarder. Il ne s’agit pas de faire l’apologie d’Apple, mais plutôt de montrer des technologies qui peuvent s’avérer pertinentes. De plus en plus de constructeurs permettent à l’utilisateur de modifier la couleur de l’écran pour les environnements obscurs afin de moins fatiguer les yeux. Même si ce genre d’innovations ne va pas résoudre les problèmes de manque de sommeil et de fatigue visuelle, c’est sans doute un pas dans cette direction, qui bénéficie donc aux utilisateurs.

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Pour une connectique universelle (et moderne)

Si la disparition de la prise Jack semble aller en contresens de ce point, c’est qu’il s’agit d’un port centenaire qui allait presque à contrecourant de la logique d’optimisation du design. Nous voulons tous des téléphones compacts, alors autant presser le pas dans la direction de technologies plus à même de nous assurer un futur tranquille.

C’est pour cela qu’Apple devrait une nouvelle fois changer le port de son iPhone et passer à de l’USB-C. Après tout, il semble absurde que l’iPhone et le Mac soit désormais incompatibles, non ? D’un point de vue général, nombreux se sont enthousiasmés de pouvoir charger leur Mac à l’aide d’une batterie externe, ou même de le faire charger en le branchant à un moniteur externe. De plus, de nombreux téléphones sont désormais pourvus d’une prise USB-C : la décision d’Apple pèserait sans doute son poids dans la balance en faveur d’une connectique universelle et pratique qui se généralise du point de vue des accessoires. De quoi nous rendre la vie indéniablement plus facile !

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Un peu de sécurité, tant qu’on y est ?

C’est un fait : nos smartphones sont loin d’être imperméables aux menaces extérieures. Et même si cela concerne davantage les services que nous utilisons (notamment le “nuage” qui regroupe nos données), il est possible de mettre en place des technologies au sein de nos téléphones qui renforcent l’importance d’un échange entre le local et le global. En d’autres termes, pouvoir sécuriser des informations personnelles (en premier lieu empreintes digitales et toute donnée utilisée pour le déverrouillage ou reliée à notre identité comme les données sportives) et en contrôler l’accès depuis l’extérieur. Pardonnez-moi de parler de nouveau d’Apple, mais c’est l’idée de la puce indépendante au sein du processeur (celle qui conserve les informations de TouchID).

Ce genre d’innovation nous permettrait de ne pas encourager la virtualisation encore plus profonde d’un monde qui n’en a pas nécessairement besoin, et nous donnerait un contrôle accru sur nos données. Il est certain que le matériel physique est déjà un peu plus sûr que celui qui est relié en permanence à des serveurs californiens ; or ce sont ces informations virtuelles qu’il nous faut à présent sécuriser et imperméabiliser. Une fois encore, l’on pourrait dire que c’est utopique, mais lancer le débat à ce propos permettrait de vérifier si les constructeurs suivent la demande ou voguent déjà en royaumes incontrôlés.

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Améliorer la durabilité

Pour les adaptes de l’obsolescence programmée, voilà un souhait bien utopique. Il faut pourtant admettre que, connaissant la rareté des matériaux qui composent nos téléphones (cuivre, lithium, aluminium), l’usage unique équivaut à un gaspillage. La responsabilité des constructeurs est alors à deux niveaux : du point de vue de la conception du téléphone (le waterproof permet d’améliorer la durabilité, par exemple) ainsi que du point de vue logiciel. La rareté des ressources est un potentiel problème pour les entreprises, qui voient ainsi un intérêt grandi dans le recyclage. Le développement par Apple d’un robot capable de démonter un iPhone en moins d’une minute tout en récupérant un maximum de composants fait état de cette réalité. Les innovations telles que le waterproof et l’utilisation de matériaux plus résistants pourrait améliorer la durabilité et donc l’impact écologique de nos smartphones.

L’idéal terminal serait alors le smartphone modulable, dont on peut pourtant douter de l’intérêt qu’auraient les constructeurs à le développer. L’échec du projet Ara de Google ou du LG G5 montre que cette idée, même si elle est intéressante, a encore du chemin à faire. Enfin, l’on ne se voilera pas la face sur l’objectif marketing et financier des constructeurs qui s’accommoderait mal d’un smartphone capable de tenir plus de 2 ans. Une autre question se pose aussi : est-ce vraiment que nous voulons ? Ne sommes-nous pas tentés de renouveler nos téléphones plus souvent que le reste de nos produits technologiques ? On touche ici à l’ambivalence et à la fragilité de l’idéologie de l’innovation, qui, sous couvert d’une confiance dans le progrès, nous prive des conditions de sa réalisation.

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Ce qui ressort de cette liste au Père Noël (avec un peu plus de probabilités de réalisation on l’espère), c’est qu’il est possible d’innover encore en matière de hardware, à la fois pour améliorer les produits que nous utilisons au quotidien en les reliant à des enjeux tels que l’écologie et l’éthique, mais aussi pour renforcer un lien qui se perd avec le software et la quantité impressionnante de donnée que nous émettons.

Le fait que les smartphones soient des produits de consommation doit nous aider à redéfinir la vision que nous avons de l’innovation, pour peut-être l’instrumentaliser à nos propres fins. Comme toute autre consommation de masse, la technologie et particulièrement les smartphones sont liés à cette multitude d’enjeux que nous ne pouvons plus ignorer. Il est sans doute temps de savoir si les constructeurs seraient à ce point à l’écoute qu’ils consentiraient à céder une part de leur business pour continuer à vendre leurs produits…


Crédits photo: The Verge.


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